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Lorsque l'on sort de chez soi le matin pour aller au travail, c'est pour gagner sa vie, pas pour la perdre

C'était en 2001. J’avais 22 ans quand j'ai été engagé comme électromécanicien (mécanicien d'entretien) intérimaire dans une entreprise sidérurgique. Comme mon premier contrat s'était bien passé, j'ai été rappelé ensuite comme opérateur de ligne, un poste adapté à mes connaissances mais qui implique plus de responsabilités, et surtout l'obligation d'assurer la continuité de la production. L'accident s'est produit quelques jours avant la fin de la période d'un an d'intérim, après laquelle je devais obtenir mon contrat à durée déterminée.

Que pensais-tu de la sécurité au travail avant ton accident?

J'étais assez laxiste par rapport à la sécurité, non pas que je considérais cela comme sans importance, mais simplement parce qu'il y a d'autres priorités lorsqu'on est intérimaire et nouveau dans l'entreprise. J’avais le sentiment que je devais "faire mes preuves", être capable de réaliser ce qu'on me demande, répondre aux exigences du contremaître. A la limite, peu importe comment.

Pour résumer, c'était la volonté de trop bien faire. Il faut dire aussi que dans une situation de travailleur temporaire, on se soucie plus de garder sa place que de la sécurité. En plus, je n'avais à l'époque aucune notion de sécurité, ni venant de l'école, ni par après.

Comment s'est produit l’accident?

C'était en 2001. J’avais 22 ans quand j'ai été engagé comme électromécanicien (mécanicien d'entretien) intérimaire dans une entreprise sidérurgique. Comme mon premier contrat s'était bien passé, j'ai été rappelé ensuite comme opérateur de ligne, un poste adapté à mes connaissances mais qui implique plus de responsabilités, et surtout l'obligation d'assurer la continuité de la production. L'accident s'est produit quelques jours avant la fin de la période d'un an d'intérim, après laquelle je devais obtenir mon contrat à durée déterminée.

J’étais occupé à l'écran de contrôle de la ligne de production de tôles, lorsqu'un jeune pontier a laissé par erreur descendre une tôle. L'écran de contrôle s'est alors bloqué. Voulant bien faire, pour ne pas déranger le service compétent et ne pas arrêter la ligne (question de productivité), j'ai décidé d'enlever la tôle moi-même. En appuyant sur le bouton d’arrêt, j'ai alors stoppé ma machine et j'ai pris appui avec le pied sur la bordure pour me pencher et attraper la tôle. C'est alors que la machine s'est remise inopinément en route. J’étais situé derrière le bras de la cisaille. Celle-ci, poussée sur la bordure, m’a arraché une partie du pied.

La machine est munie de cellules de détection et, d'après les experts, il n'y avait qu'une chance sur un milliard pour que ce système de protection ne fonctionne pas. Et ce fut pour moi… Je sais maintenant – mais trop tard – quelle aurait été l'action appropriée. Dans la situation de la tôle qui bloque, il aurait fallu que je coupe toutes les sources d'énergie (fluides, électricité,...) et que j'appelle l'équipe compétente.

Quelles ont été les conséquences de l’accident?

Les orteils arrachés, j’ai été amputé du métatarse. En quatre ans, j’ai déjà eu trois opérations, et ce n'est pas encore fini. J’ai du mal à reparler de l'accident. J’ai vécu un véritable "trou noir" pendant ces années: souffrance physique terrible, mais aussi psychique: isolement et immobilisation, prise de médicaments et antidépresseurs qui brouillent l'esprit, perte des repères, dépression,... Ma carrière est fichue. Je me sens diminué, l'image que j’ai de moi-même est détruite. En plus, moi qui étais sportif, je ne peux plus jouer au football, par exemple. Je me sens très gêné à la piscine à cause des séquelles physiques. Ma vie sociale est aussi très atteinte. Alors que j’aimais sortir, je me suis isolé, j'ai perdu ma confiance en moi face au sexe opposé,…

Heureusement, d'un naturel battant, je n'ai plus supporté cette dérive et, depuis peu, j’ai eu la volonté de reprendre le dessus. J'ai pris l'initiative de contacter mon ancien employeur et l'entreprise m'a donné un contrat d'un an pour des tâches de type administratif au service de prévention des accidents. Suite à ce que j’ai vécu moi-même, ce travail me motive beaucoup. Cependant, ma vie actuelle reste un combat au quotidien.

Que penses-tu maintenant de la sécurité au travail?

Avec ce nouveau travail, je m'investis à 100% psychologiquement dans la prévention. Je le fais avec toute ma conviction et toute mon énergie, car je sais maintenant de quoi je parle. Il me tient à coeur de sensibiliser mes collègues de l'importance de la prévention.

Psychologiquement, je sais que j’ai changé: je deviens beaucoup plus attentif à des tas de petites choses qui pourraient être potentiellement dangereuses. Je suis devenu aussi très sensible face à toutes les personnes blessées ou handicapées, leur souffrance me touche.

Quel est le message que tu veux transmettre à tous les travailleurs?

Il y a une phrase que je répète à qui veut l'entendre: Lorsque l'on sort de chez soi le matin pour aller au travail, c'est pour gagner sa vie, pas pour la perdre.